La confusion est permanente. Beaucoup d’employeurs croient disposer d’un mois d’essai ; beaucoup d’apprentis se croient engagés définitivement dès la signature. Les deux se trompent, et les conséquences sont réelles.
Comment fonctionne la règle des 45 jours ?
Le code du travail prévoit que le contrat d’apprentissage peut être rompu librement par l’une ou l’autre partie pendant les 45 premiers jours de formation pratique en entreprise.
Deux précisions changent tout. Ces jours sont comptés en jours de présence effective en entreprise, pas en jours calendaires. Et ils n’ont pas besoin d’être consécutifs : un apprenti en alternance hebdomadaire atteindra ce seuil bien plus tard qu’un apprenti présent tous les jours.
Prenons un rythme de trois jours en entreprise et deux jours en centre. Les 45 jours tombent alors après une quinzaine de semaines. Soit près de quatre mois.
Les absences pour maladie, les congés et les jours en centre de formation suspendent le décompte sans l’interrompre. Il reprend simplement au retour.
Comment rompre pendant cette période
| Point | Ce qui s’applique |
|---|---|
| Motif | Aucun motif à justifier |
| Forme | Écrit obligatoire |
| Préavis | Aucun |
| Indemnité | Aucune |
| Notification | CFA et opérateur de compétences informés |
| Salaire | Dû jusqu’au dernier jour travaillé |
| Documents | Certificat de travail, solde de tout compte, attestation France Travail |
Pour l’apprenti mineur, l’écrit doit être signé par le représentant légal. C’est une condition de validité. On l’oublie souvent dans la précipitation.

Après les 45 jours : un cadre beaucoup plus strict
Passé ce seuil, le contrat d’apprentissage ne se rompt plus librement. Quatre voies subsistent, et chacune obéit à des conditions précises.
- L’accord écrit des deux parties : la voie la plus simple, formalisée et transmise au CFA.
- La démission de l’apprenti : possible après saisine du médiateur consulaire, avec un délai à respecter avant notification.
- Le licenciement pour faute grave, inaptitude ou force majeure : procédure classique, avec entretien préalable.
- L’obtention du diplôme : l’apprenti peut mettre fin au contrat avant son terme, sous réserve d’un préavis de deux mois.
À cela s’ajoute le cas particulier de l’exclusion définitive du centre de formation, qui peut justifier la rupture, et celui de la liquidation de l’entreprise.
Le rôle du médiateur consulaire mérite d’être connu. Rattaché à la chambre de commerce, à la chambre de métiers ou à la chambre d’agriculture selon le secteur, il intervient gratuitement et désamorce un nombre significatif de situations avant qu’elles ne dégénèrent.
Calculer la date de fin, exemple à l’appui
Prenons un contrat démarré le 1er septembre, avec un rythme de deux semaines en entreprise puis une semaine en centre de formation. Sur trois semaines, l’apprenti est donc présent dix jours ouvrés en entreprise.
Pour atteindre 45 jours de présence effective, il lui faudra un peu plus de treize semaines, soit environ trois mois et demi — fin décembre. Un employeur qui pensait devoir se décider avant la Toussaint dispose en réalité de deux mois supplémentaires.
Avec un rythme inverse — une semaine en entreprise, une semaine en centre — le seuil recule encore, autour de dix-huit semaines. Et si l’apprenti tombe malade trois semaines, la date se décale d’autant.
D’où un conseil pratique valable pour les deux parties : tenir un décompte écrit dès le premier jour. Un simple tableau daté, cosigné par le maître d’apprentissage, évite toute discussion ultérieure sur la date exacte à laquelle le régime a basculé.
En cas de contrat successif chez le même employeur, le décompte ne repart pas de zéro. La période se calcule sur l’ensemble de la relation, et prolonger un apprentissage ne rouvre pas une nouvelle fenêtre de rupture libre.
Évitez ces erreurs classiques
Première erreur : rompre oralement. Une rupture annoncée de vive voix, même acceptée sur le moment, n’a aucune valeur juridique. L’absence d’écrit expose l’employeur à une requalification en rupture abusive, avec les indemnités qui l’accompagnent.
Deuxième erreur : confondre les 45 jours avec 45 jours calendaires. C’est le malentendu le plus répandu, et il conduit des employeurs à rompre hors délai en croyant agir librement.
Troisième erreur : oublier d’informer le centre de formation et l’opérateur de compétences. Cette notification conditionne la régularisation des aides et l’accompagnement de l’apprenti.
Quatrième erreur, côté apprenti : quitter l’entreprise sans rien formaliser. L’abandon de poste ne met pas fin au contrat, il expose à une procédure disciplinaire et complique l’inscription dans une nouvelle entreprise.
Le cadre général du contrat, ses mentions obligatoires et sa durée sont détaillés dans notre page sur le contrat d’apprentissage, à lire avant la signature plutôt qu’au moment du doute.
Le contrat de professionnalisation, autre logique
Beaucoup d’alternants confondent les deux dispositifs. Le contrat de professionnalisation est un contrat de travail de droit commun, à durée déterminée ou indéterminée, et il comporte une période d’essai classique.
Sa durée suit donc les règles habituelles : pour un contrat à durée déterminée, un jour par semaine de contrat, dans la limite de deux semaines pour les contrats de six mois ou moins, et d’un mois au-delà.
La rupture pendant l’essai est libre, sans motif, mais elle suppose un délai de prévenance dont la durée dépend du temps de présence. Après l’essai, les règles du licenciement ou de la rupture anticipée d’un contrat à durée déterminée s’appliquent pleinement.
Cette différence de régime explique une partie des malentendus sur le terrain. Notre page comparant le contrat de professionnalisation et l’apprentissage détaille les autres points de divergence, notamment en matière de rémunération et de public visé.
Profitez vraiment de ces premières semaines
Du côté de l’apprenti, la période sert à vérifier que le métier correspond à ce qu’on imaginait. Poser des questions, demander à voir différentes facettes du poste, observer l’ambiance : ce sont des informations qu’aucune brochure ne donne.
Du côté de l’employeur, elle sert à évaluer la capacité d’apprentissage plus que les compétences déjà acquises. Un apprenti maladroit qui pose des questions et note les réponses progresse plus vite qu’un apprenti à l’aise qui n’écoute pas.
Le maître d’apprentissage joue ici un rôle déterminant. Un point hebdomadaire de quinze minutes, formalisé, évite la plupart des ruptures : les difficultés se disent tôt, quand elles se règlent encore.
Le centre de formation doit être associé. Il dispose d’un référent chargé du suivi en entreprise, et il peut intervenir bien avant qu’une situation ne devienne un conflit.

Que se passe-t-il après une rupture ?
Pour l’apprenti, la rupture ne met pas fin à la formation. Le centre doit l’accompagner pendant six mois pour l’aider à retrouver une entreprise, et il peut poursuivre sa formation théorique pendant cette période.
Le maintien du statut d’étudiant des métiers pendant cette recherche préserve certains droits, notamment en matière de couverture sociale et parfois d’aides au logement.
Pour l’employeur, les aides perçues sont ajustées au prorata de la durée effective du contrat. Les sommes versées au-delà font l’objet d’une régularisation, ce qui surprend les entreprises qui n’avaient pas anticipé ce point.
Côté rémunération, les sommes dues restent calculées sur la base du barème applicable à l’âge et à l’année d’exécution, détaillé dans notre page sur le salaire de l’apprenti. Une rupture anticipée ne donne en revanche pas droit à la prime de fin de contrat applicable à certains contrats en alternance.
Y a-t-il une période d’essai en apprentissage ?
Pas au sens classique. Il existe une période de 45 jours de formation pratique en entreprise pendant laquelle le contrat se rompt librement.
Les jours au CFA comptent-ils ?
Non. Seuls les jours de présence effective en entreprise entrent dans le décompte des 45 jours.
Faut-il un motif pour rompre ?
Aucun motif n’est exigé pendant les 45 jours. Un écrit reste obligatoire, transmis au CFA et à l’opérateur de compétences.
Un apprenti peut-il démissionner ensuite ?
Oui, mais il doit d’abord saisir le médiateur consulaire et respecter un délai avant de notifier sa décision.
Que devient l’apprenti après une rupture ?
Le centre de formation l’accompagne pendant six mois pour trouver une nouvelle entreprise, et il peut poursuivre les cours dans l’intervalle.
Comptez les jours réellement passés en entreprise, pas les semaines écoulées. C’est le seul calcul qui détermine si la rupture est encore libre ou déjà encadrée.
Ministère du travail, le contrat d’apprentissage : conditions de rupture, rôle du médiateur consulaire et accompagnement après rupture, consulté le 20 septembre 2026.
Autre échéance des premières semaines : la visite médicale, à passer dans les deux mois.
