Un apprenti est un salarié : les primes que l’entreprise verse aux autres lui reviennent, sauf si le texte qui les crée l’exclut pour une raison valable. Rien n’oblige en revanche à en créer. Le remboursement de 50 % de l’abonnement de transport est dû, la prime de précarité ne l’est pas. Chaque prime gonfle aussi le bulletin du mois : au-delà de 933,51 € brut, les cotisations salariales reviennent.
Les primes ne figurent pas dans la grille légale du salaire. Elles dépendent de l’entreprise, de sa convention collective et de ses habitudes, et c’est là que les apprentis passent à côté d’argent : on ne leur en parle pas, ils ne demandent pas. Le principe est simple, la pratique l’est moins. Voici ce qui est dû d’office, ce qui est possible, ce qui est exclu, et comment une prime se répercute sur le net et l’impôt.
Un apprenti a-t-il droit aux primes de l’entreprise ?
Oui, dans la mesure où elles existent pour les autres salariés. L’article L6222-23 du Code du travail pose que l’apprenti bénéficie des dispositions applicables aux autres salariés, tant qu’elles ne sont pas contraires à celles qui tiennent à sa situation de jeune en formation. Autrement dit, être sous contrat d’apprentissage ne retire pas la prime de fin d’année, la prime de vacances ou la prime de panier prévues par la convention collective.
Deux nuances comptent. D’abord, cette égalité joue sur ce qui existe : aucune loi n’impose à une entreprise de verser un treizième mois, à personne. Ensuite, un texte peut réserver une prime à une condition objective, par exemple un an d’ancienneté ou un poste de vente, et l’apprenti la perçoit s’il remplit la condition. Il ne peut pas en être écarté au seul motif qu’il est apprenti.
Le salaire de base, lui, reste fixé par la grille de l’âge et de l’année de contrat, détaillée dans la fiche sur le salaire d’un apprenti en 2026. Les primes s’ajoutent par-dessus et ne servent jamais à « compléter » un minimum légal que l’entreprise n’atteindrait pas.
Les primes une par une : due, possible ou facultative
Voici, prime par prime, ce qui s’applique à un apprenti. Le tableau distingue trois situations : obligatoire pour tous, dépendant d’un texte, ou laissé au choix de l’employeur.
| Prime ou avantage | Situation de l’apprenti | Où se trouve la règle |
|---|---|---|
| Remboursement de 50 % de l’abonnement de transport public | Dû, comme pour tout salarié | Code du travail, L3261-2 |
| Intéressement et participation | Ouverts aux apprentis, avec une condition d’ancienneté de trois mois maximum | Accord de l’entreprise, L3342-1 |
| Treizième mois, prime de fin d’année | Dû si la convention, le contrat ou un usage l’a créé pour les salariés | Convention collective, contrat |
| Prime d’ancienneté | Selon la convention, qui dit si la période d’apprentissage compte | Convention collective |
| Prime de vacances | Dû si elle existe pour les autres salariés | Convention ou accord |
| Prime d’objectifs, commissions | Dû si le poste et le contrat le prévoient | Avenant ou lettre d’objectifs |
| Titres-restaurant, prime de panier | Même accès que les autres salariés de l’entreprise | Usage ou accord |
| Prime de partage de la valeur | Facultative, décidée par l’employeur | Décision de l’entreprise |
Retenez la première ligne : le remboursement de moitié de l’abonnement de transport est la seule prime vraiment automatique. Elle n’apparaît pas toujours sur le bulletin sous le nom de « prime » et s’obtient sur justificatif d’abonnement. Beaucoup d’apprentis ne le réclament jamais.

Celles qui ne vous concernent pas
Certaines sommes qu’on appelle « prime » dans une conversation ne vous sont pas destinées, et les confondre fait perdre du temps.
- La prime de précarité. L’indemnité de 10 % qui clôt un CDD n’existe pas pour le contrat d’apprentissage. Notre fiche sur la prime de fin de contrat en alternance détaille ce qui est dû à la sortie.
- La prime du maître d’apprentissage. Elle récompense l’accompagnement, pas l’apprenti. Voir la prime du tuteur d’apprenti.
- L’aide à l’embauche. L’État la verse à l’employeur. Elle apparaît dans les aides à l’embauche d’un apprenti et ne se traduit pas par une ligne de plus sur votre bulletin.
- Les primes de fidélité réservées aux CDI. Si le texte vise explicitement les salariés en CDI et que l’apprenti ne l’est pas, la condition est objective. Elle se discute quand même si le même texte ne précise rien.
« Prime d’activité » n’est pas une prime de l’entreprise. C’est une prestation de la CAF, calculée sur vos ressources du trimestre. Les primes versées par l’employeur entrent dans ces ressources et peuvent faire baisser son montant.
Où lire la règle dans votre cas
Aucun tableau général ne remplace le texte de votre entreprise. Il faut le lire dans cet ordre, du plus favorable au plus général, car le texte le plus avantageux s’applique dès qu’il vous concerne.
- Votre contrat et ses avenants. Une prime d’objectifs ou une clause de treizième mois y figure souvent en une ligne.
- L’accord d’entreprise. Le service des ressources humaines ou le CSE le tient à disposition.
- La convention collective de la branche. Son nom et son numéro se trouvent en bas du bulletin de paie. Sur le site officiel du Code du travail numérique, une recherche par ce numéro donne le texte.
- L’usage. Une prime versée de façon constante, générale et fixe à tous les salariés peut s’imposer à l’employeur même sans écrit.
Votre OPCO ne traite pas ces primes : son rôle se limite au financement de la formation, comme l’explique la fiche sur l’OPCO en alternance. Le CFA, de son côté, ne connaît pas non plus la politique de rémunération de votre entreprise.
Ce qu’une prime change sur le bulletin de paie
L’apprenti garde presque tout son salaire parce que les cotisations salariales ne commencent qu’au-delà de 50 % du SMIC, soit 933,51 € brut par mois en 2026. Une prime fait grimper le total du mois et peut franchir ce seuil. La fraction au-dessus supporte alors des cotisations, comme l’explique l’article sur la cotisation de l’apprenti. Ce seuil de 50 % vaut pour les contrats signés depuis le 1er mars 2025 ; pour un contrat plus ancien, il reste à 79 % du SMIC.
| Cas (grille 2026) | Salaire brut du mois | Prime | Total du mois | Fraction au-delà de 933,51 € |
|---|---|---|---|---|
| 18-20 ans, 1re année | 802,82 € | 0 € | 802,82 € | 0 € |
| 18-20 ans, 1re année | 802,82 € | 150 € | 952,82 € | 19,31 € |
| 18-20 ans, 1re année | 802,82 € | 802,82 € (13e mois) | 1 605,64 € | 672,13 € |
| 18-20 ans, 2e année | 952,18 € | 200 € | 1 152,18 € | 218,67 € |
| 21-25 ans, 2e année | 1 138,88 € | 300 € | 1 438,88 € | 505,37 € |
Premier constat : une petite prime ne coûte presque rien en cotisations. Cent cinquante euros sur un salaire de 802,82 € n’ajoutent que 19,31 € de base soumise. Deuxième constat, moins confortable : le treizième mois versé en décembre déclenche des cotisations sur plus de 670 € ce mois-là. Le net de décembre n’est donc pas le double de celui d’un mois ordinaire.
Ce qu’elle change sur l’impôt
La rémunération d’un apprenti est exonérée d’impôt sur le revenu jusqu’au SMIC annuel, soit 21 622 € pour les revenus perçus en 2025. Les primes comptent dans cette enveloppe : elles se cumulent au salaire de l’année. Le détail de la règle est dans l’article sur l’imposition de l’apprenti.
| Situation | Total annuel | Marge sous 21 622 € | À déclarer |
|---|---|---|---|
| 18-20 ans, 2e année : 12 mois + 13e mois + 1 000 € d’intéressement | 13 378,34 € | 8 243,66 € | 0 € |
| 21-25 ans, 3e année : 12 mois + 13e mois + 1 500 € de prime | 20 431,64 € | 1 190,36 € | 0 € |
| 21-25 ans, 3e année : 12 mois + 13e mois + 4 000 € de prime | 22 931,64 € | Dépassé de 1 309,64 € | 1 309,64 € |
Pour la plupart des apprentis, les primes restent sans effet fiscal. Le risque concerne ceux en dernière année et en tranche haute de la grille, avec une prime importante. Dans ce cas seul l’excédent est imposable, et non l’ensemble du salaire.

Les autres « primes » : aides et prestations
Quand on cherche « prime aux apprentis », on tombe aussi sur des dispositifs qui n’ont rien à voir avec l’employeur. Les trois qui comptent pour un apprenti :
- L’aide au permis de conduire de 500 €, versée à l’apprenti majeur sous conditions. La démarche est décrite dans la fiche sur l’aide au permis pour les apprentis.
- La prime d’activité, prestation de la CAF dont le calcul dépend de vos ressources et de votre foyer. Le seuil et le montant sont dans l’article sur la prime d’activité de l’apprenti.
- Les aides des régions et des collectivités, souvent des forfaits pour l’équipement, le transport ou l’hébergement. Elles varient d’un territoire à l’autre : le CFA ou la région publie le barème de l’année.
Ces aides ne se substituent pas aux primes de l’entreprise, et inversement. On peut toucher les deux, et un refus de l’une n’a aucune incidence sur l’autre.
Apprentissage ou professionnalisation : le même droit aux primes ?
Le principe d’égalité vaut dans les deux contrats, mais les situations diffèrent. L’alternant en contrat de professionnalisation relève lui aussi des dispositions applicables aux autres salariés. Sa rémunération se calcule pourtant autrement, en pourcentage du SMIC selon l’âge et le diplôme, sans l’exonération d’impôt propre à l’apprentissage. Une prime pèse donc davantage dans sa déclaration de revenus.
Pour les sommes dues à la sortie du contrat, qui varient selon le type de contrat, la lecture de la convention collective et de l’article consacré à la fin de contrat tranche.
Cinq erreurs qui font perdre des primes
- Attendre qu’on vous la propose. Les ressources humaines préparent la paie à partir du contrat. Si l’apprenti n’est pas signalé sur une prime de branche, personne ne la verse.
- Confondre salaire et prime. Le minimum légal est une base. Une prime conventionnelle s’ajoute et ne peut pas servir à combler l’écart avec le barème.
- Ignorer la condition de présence. Certaines primes se déclenchent après une durée dans l’entreprise. Notez la date de début de votre contrat dès la signature.
- Oublier le justificatif de transport. Sans abonnement transmis, l’employeur ne rembourse rien, et le remboursement se calcule à partir de la demande documentée.
- Ne pas lire l’avenant. Une modification de poste en cours de contrat peut ouvrir droit à une prime d’objectifs, mentionnée seulement dans l’avenant.
Réclamer une prime qui manque
Une prime promise ou prévue qui ne figure pas sur le bulletin se réclame, sans conflit, en quelques étapes.
- Rassembler le texte. Contrat, avenant, extrait de convention collective, message de l’employeur. Sans texte, la demande reste verbale et facile à écarter.
- Comparer avec un collègue. Si un salarié aux mêmes fonctions perçoit la prime, la différence doit avoir une raison objective.
- Écrire aux ressources humaines. Une demande courte, datée, qui cite le texte et la période concernée.
- Saisir le maître d’apprentissage et le CFA si la réponse tarde. Le CFA a pour mission d’accompagner l’apprenti dans ses difficultés avec l’entreprise.
- Passer à l’inspection du travail. En dernier recours, elle renseigne gratuitement ; le conseil de prud’hommes tranche les litiges de paie.
Pensez au délai : la loi permet de réclamer des salaires et accessoires sur trois ans. Il n’y a donc pas d’urgence à se fâcher en cours de contrat, mais il vaut mieux demander avant la fin pour garder le lien avec l’entreprise.
Questions fréquentes
Un apprenti touche-t-il le treizième mois ?
Oui si la convention collective, le contrat ou un usage le prévoit pour les salariés de l’entreprise. Aucune loi ne l’impose. L’apprenti ne peut pas en être écarté au seul motif de son contrat, mais le montant se calcule sur son propre salaire de base, donc sur un montant plus bas que celui d’un collègue.
Les tickets-restaurant sont-ils dus à l’apprenti ?
Ils ne sont pas obligatoires, mais si l’entreprise en offre à ses salariés, l’apprenti y a droit dans les mêmes conditions. L’employeur ne peut pas réserver l’avantage aux contrats classiques sans raison objective.
Qui paie la moitié de l’abonnement de transport ?
L’employeur rembourse 50 % du prix des abonnements de transports publics ou de service public de location de vélos, sur présentation du justificatif. C’est une obligation légale et elle concerne aussi l’apprenti, sur le trajet domicile-entreprise.
L’apprenti a-t-il droit à la prime de précarité ?
Non. L’indemnité de fin de contrat de 10 % ne s’applique pas au contrat d’apprentissage. En revanche, l’apprenti peut avoir droit à d’autres sommes à la sortie, comme l’indemnité compensatrice de congés payés non pris.
Une prime fait-elle perdre la prime d’activité ?
Elle peut en réduire le montant, car elle augmente vos ressources du trimestre. Le calcul de la CAF intègre les revenus d’activité, primes comprises. Déclarez-la comme les autres revenus et laissez la caisse refaire le calcul.
Faut-il déclarer les primes aux impôts ?
Elles sont comprises dans le plafond d’exonération de l’apprenti. Tant que le total des rémunérations de l’année reste sous le SMIC annuel, rien n’est imposable. Au-delà, seul l’excédent se déclare, et la déclaration préremplie reprend le montant transmis par l’employeur.
Cette semaine, relisez votre bulletin de paie et repérez le nom de la convention collective. Cherchez ensuite deux mots dans son texte, « prime » et « apprenti », puis posez une question précise aux ressources humaines plutôt qu’une demande générale.
Référence consultée le 10 octobre 2026 : Code du travail numérique, rubriques apprentissage et primes. Information générale indépendante ; votre convention collective et vos ressources humaines font foi pour votre situation.
